Efficacité et pertinence : le workshop objets connectés

Le workshop objets connectés réalisé dans le cadre du master Design se présentait sous la forme d’un atelier d’une semaine, dirigé par le designer d’interaction Nicolas Gaudron. Par groupe de trois ou quatre, nous avions pour objectif de concevoir un projet sur la vaste thématique des objets connectés. Passant par des phases d’exploration, de création et de présentation d’un rendu, il s’agissait de produire un scénario d’usage mais aussi un prototype fonctionnel. Pour ce prototypage rapide, nous avions besoin d’un ordinateur portable et de matériaux basiques et/ou de récupération : feutres, ciseaux, post-it, papier, carton, etc. Durant cet atelier, nous avons appris les rudiments du design d’interaction ainsi qu’une méthodologie nouvelle, favorisant une efficacité de mise en œuvre par une approche systémique.

Efficacité et pertinence

Si nous devions résumer ce workshop en deux mots, ce seraient ceux-ci. Mais l’efficacité et la pertinence du projet n’ont été rendues possibles qu’en connexion avec d’autres notions essentielles que nous allons voir par la suite, telles que l’ancrage du projet dans un contexte et environnement existants, l’apprentissage d’une nouvelle méthodologie par le faire, la cohérence d’ensemble (systémique), l’importance de l’émotion et de l’empathie ou encore la pédagogie et la communication.

Nous parlons d’efficacité car le laps de temps très court de ce workshop nous a demandé de définir rapidement un cadre, un contexte et une problématique précis à partir d’un thème large, afin de concevoir des solutions et des expériences cohérentes. Il a fallu sans cesse diverger et converger pour avoir très rapidement un maximum d’idées. Nous avons transformé cette contrainte temporelle en l’opportunité d’aller à l’essentiel, sans nous perdre dans des notions trop complexes pouvant nuire à la créativité.

Ancrer le projet

Lorsque nous travaillons sur une thématique particulière, il est nécessaire de découvrir son environnement en réalisant un travail de veille. En effet, un projet ne flotte pas dans le vide mais doit se situer dans un contexte existant et précis, ici technologique, dans lequel il pourra puiser des sources d’inspiration.

Pour ce faire, la semaine a débuté par la présentation d’un panorama des mutations et des nouveaux enjeux du numérique, avec des exemples de projets et de dispositifs variés, originaux de par leur technique, leurs usages, leurs représentations, et interactions mais aussi par les questions qu’ils peuvent soulever.

Nouvelle méthodologie par le faire

Afin d’être efficace, nous avons appris à « faire » pour « réfléchir » autrement. En effet, nous avions l’habitude d’entamer un projet par une étape de réflexion. Durant cette semaine, Nicolas Gaudron nous a demandé de bousculer les règles mélangeant cette phase réflexive avec celle de la pratique. Se confronter à la réalité de la matière et à un contexte concret nous amène à voir les choses autrement, à générer des idées intéressantes et à soulever des problèmes qui n’auraient pas été forcément détectables d’un point de vue uniquement réflexif. Il s’agissait de ne pas se perdre dans la complexité de la technique, mais plutôt de trouver les moyens de jouer avec, tester et explorer des matières, formes et interactions. Nous devions nous immerger dans des situations en testant physiquement nos idées.

Cette réflexion ancrée dans le « faire » nous a demandé de nous débrouiller avec les moyens du bord et de bricoler afin de mixer les phases d’idéation, de prototypage et de test. Cette méthodologie, permettant des itérations constantes en fonction de nos observations, nous a permis de faire vivre le projet dans une approche systémique et non linéaire.

Cohérence d’un système et pensée systémique

Afin d’illustrer ces notions liées au système, nous prendrons l’exemple d’un outil méthodologique dont nous nous sommes servis durant ce projet : le brainstorming organisé sous forme de carte mentale (mind map). Il nous permet d’organiser nos pensées par des liens et ainsi de générer des idées par connexions. Un mot en amenant d’autres, tout un réseau de pensée se construit autour d’un point central.

Durant ce projet, à l’image de cet outil systémique, nous avons délaissé la démarche chronologique où des étapes se succèdent, au profit d’une pratique mixant idéation, prototypage, et test, qui demande de faire sans cesse des allers-retours entre réflexion et pratique. Pour ce faire, les mots d’ordre sont la simultanéité et la connexion. Travailler de manière systémique amène à penser quelque chose, non pas comme un élément isolé, mais comme faisant partie d’un tout organisé et cohérent. Il est essentiel d’avoir une vision globale afin de réfléchir dans l’ensemble à comment les choses communiquent entre elles, de questionner les interactions mais aussi de travailler les esthétiques.

De manière générale, il est intéressant de voir comment se développent et se façonnent des idées, quel message on tente de faire passer, quel comportement on souhaite induire et par quels moyens. Lorsqu’on développe une idée, il est nécessaire d’apporter une attention toute particulière à la forme extérieure, aux interactions, aux comportements et aux petits détails qui ont toute leur importance. Par exemple, si l’on met du mouvement dans un objet, comment bouge-t-il ? Pourquoi ? S’il y a de la lumière, comment s’allume-t-elle ? À quel rythme ? Pourquoi ? Quel son choisit-on ? Le principal étant de toujours travailler la cohérence d’un système et donner du sens aux décisions que nous prenons, car tous les éléments sont connectés à d’autres et font partie d’un tout.

Émotion et empathie

Afin d’assurer la cohérence et le bon sens d’un projet, il est important de transmettre nos valeurs, de prendre un positionnement et de s’impliquer émotionnellement pour trouver des réponses sincères, justes, harmonieuses. Nous pouvons connecter notre travail au réel et lui donner ainsi davantage de valeur en y injectant une consistance émotionnelle puisée à deux niveaux : interne et externe. Dans le premier niveau, nous pouvons ancrer notre projet dans un système d’affects internes et ainsi puiser dans nos propres souvenirs, anecdotes ou expériences pour lui donner une dimension réelle, ayant de la valeur à nos yeux. Le second niveau demande de s’imprégner d’un environnement, un contexte, un sujet ou une problématique en développant une démarche empathique auprès d’autrui par l’interrogation et l’observation.

Tout projet évolue à l’intérieur de contextes et de systèmes émotionnels. La démarche empathique permet de créer des connexions entre les deux.

Pédagogie et communication

Toute l’efficacité dont nous avons fait preuve durant cette semaine de workshop provient également de la pédagogie de Nicolas Gaudron. Il nous a appris à « pitcher » correctement et communiquer nos idées autour d’un prototype d’expérience, d’une vidéo de mise en situation, d’un retour d’expérience sur le processus. Ses conseils nous ont été précieux : être clair, concis, efficace, ne pas vouloir trop en faire et toujours travailler dans l’honnêteté, la justesse et l’équilibre.

Cette semaine a souligné l’importance de rester connecté avec les autres, de partager et d’échanger en permanence sur nos différents projets. Cela permet de soulever certains problèmes, de confronter les idées et d’en faire émerger d’autres. Pour cela, il est important de ne pas prendre les remarques extérieures comme une contrainte mais comme une opportunité d’élargir et d’enrichir son service et son objet.

Le design d’interaction selon Nicolas Gaudron

Ce workshop d’une semaine était dirigé par Nicolas Gaudron, intervenant professionnel qui a travaillé chez IDEO puis à INRIA comme designer produit et d’interaction sur la conception d’un nouveau protocole de communication. Il a ensuite rejoint la direction du design industriel de Renault où il a contribué au développement de l’activité interaction homme-machine. En 2007, il a fondé une agence de conseil en innovation et une agence de design spécialisée dans le design des interactions. En tant que professionnel, il intervient dans les écoles de design, d’ingénieurs et de commerce, sur la méthodologie d’innovation, le design thinking ainsi que le design d’interaction et de service.

Lors d’une interview présentée sur le site web imaginetonfutur.com, Nicolas Gaudron nous donne son point de vue sur son métier, le design d’interaction :

« Le design d’interaction consiste à travailler sur les interactions Homme-Machine (les interfaces) mais aussi sur les interactions entre les hommes, les services, les systèmes et les organisations. Il est essentiel pour moi de réfléchir aux interactions, à l’expérience humaine, avant de penser à une solution de mise en forme ou à un support particulier. Par exemple, derrière l’objet physique téléphone, il est tout d’abord question du lien entre deux personnes à distance, de la possibilité de se parler, de laisser un message, de s’échanger des messages, du contexte dans lequel chacune se trouve, de leurs émotions etc. L’objet physique téléphone est un support possible de cette relation, au même titre qu’un ordinateur, un post-it papier, une tierce personne qui transmet un message, etc. C’est à partir des éléments clés de l’expérience, du vécu que l’on souhaite raconter, que l’on va proposer le support le plus adapté et créer une mise en forme esthétique et fonctionnelle cohérente. » (Dussud, 2013)

Ce sont ces idées et ces valeurs que Nicolas Gaudron nous a transmises lors de cette courte semaine de workshop. Il souligne l’importance d’avoir une vision globale, en pensant l’intégralité des éléments qui composent un système de manière cohérente afin de proposer, à travers différents supports, une expérience singulière, pertinente et sensée.

Bibliographie